Situé dans la commune de Bourguignons, le château de Foolz s’inscrit dans un paysage fluvial caractéristique de la vallée de la Seine. Le site est attesté dès le XIIIᵉ siècle, le fief comprenant alors une maison seigneuriale, des terres agricoles et des installations liées à la rivière.
En 1387, la demeure est mentionnée sous le nom d’« Hostel de la Court ». Elle appartient alors à Jean de Gray, vicomte de Bar-sur-Seine. En 1427, le domaine passe à Regnier Pot, puis, en 1459, son petit-fils Philippe Pot, chambellan du duc de Bourgogne, le cède à Claude de Dinteville, seigneur de Polisy.
Au XVIIIᵉ siècle, le château est reconstruit entre 1774 et 1775 dans le style classique des demeures rurales de la fin de l’Ancien Régime, en moellons enduits, couvert d’un toit à la Mansart.
En 1801, le domaine est acquis par Jean Barthélémy Lucas. Sa fille, Marie Alix Lucas, propriétaire à partir de 1813, joue un rôle déterminant dans l’évolution du site, à une époque où il est rare qu’une femme soit propriétaire d’un château et exerce un rôle aussi central dans la gestion d’un domaine. Elle modernise le château, améliore le confort du logis, structure le parc et fait édifier en 1849 une chapelle particulière dont les vitraux portent ses initiales, affirmant ainsi son empreinte sur le domaine.
Son fils, Joseph Arsène Blavoyer, maire de Bourguignons, conseiller général et représentant du peuple en 1848 sous la Deuxième République, voit son mandat prendre fin lors du coup d’État de 1851. Après la chute du Second Empire en 1870, il est élu à l’Assemblée nationale et siège jusqu’en 1876. Parallèlement à son engagement politique, il développe l’exploitation agricole et poursuit la transformation du domaine.
À la fin du XIXᵉ siècle, plusieurs bâtiments viennent compléter l’ensemble, dont la maison du concierge et la maison éclusière construite en 1892 dans le cadre du projet du canal de la Haute-Seine. Destiné à relier Troyes au canal de Bourgogne, ce projet ambitieux est abandonné en raison de problèmes d’étanchéité, laissant derrière lui le « canal sans eau », vestige encore visible dans le paysage.
En 1910, le domaine est acquis par Jules Amédée Poron, industriel majeur de la bonneterie troyenne. Au milieu du XXᵉ siècle, la ferme est détachée du château, mettant fin à l’unité agricole historique du site.
La Chapelle
La chapelle actuelle du château de Foolz est achevée en 1849 à l’initiative de Marie Alix Lucas. Les vitraux, ornés de ses initiales entrelacées, témoignent de cette campagne de construction et de la volonté d’inscrire la mémoire des propriétaires dans l’architecture du lieu.
Le pigeonnier
Le pigeonnier, daté du XVIᵉ siècle, constitue la plus ancienne structure conservée du domaine. Il est composé de 1 150 boulins en osier recouverts d’un mortier de chaux. Sous l’Ancien Régime, le nombre de boulins était proportionnel à la superficie des terres exploitées, faisant du colombier un symbole fort de puissance seigneuriale.
En 2024, il est sélectionné comme projet emblématique du département de l’Aube dans le cadre de la Mission Patrimoine portée par Stéphane Bern, au titre du Loto du Patrimoine. Cette reconnaissance nationale souligne l’importance historique et architecturale exceptionnelle de l’édifice.
Aujourd’hui
En 2021, le château est acquis par Édouard Laurenti, ouvrant une nouvelle phase de restauration et de valorisation patrimoniale, notamment autour du pigeonnier du XVIᵉ siècle. Le château de Foolz demeure ainsi un témoin majeur de l’histoire rurale, politique et fluviale de la vallée de la Seine.